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Altéa
Moussaillon
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PostPosted: Tue 27 May - 10:49 (2008)    Post subject: Pensées Reply with quote

Brume

A l’extrémité du village caché dans les brumes du crépuscule, les flammes achevaient de consumer une antique demeure depuis longtemps abandonnée. Pourtant, un vieil homme se tenait là, la contemplant le brasier comme on scrute le passé, un souvenir qui agonise pour enfin disparaître. Seul dans la nuit, emmitouflé dans un large manteau noir, son regard brillait, fixant d’autres flammes en d’autres temps. Il était alors un jeune enfant, et il répondait en ce temps béni au nom de Taroc ; un nom fort comme aimait à le répéter sa mère, une femme douce et à la voix cristalline. Lors des longues soirées d’hiver, de celles où les enfants s’ennuient dans le silence de la neige qui tapisse les landes, lui, ses frères et tous les enfants du village se rendaient là, dans cette demeure qui était déjà ancienne à l’époque, et ils écoutaient les histoires du vieux conteur. Il avait la vieillesse sage et rassurante, un grand père un peu étrange. Tout le monde ne l’appelait plus que « le vieux conteur », mais à vrai dire, personne ne savait vraiment d’où il pouvait venir, ni quel était son nom ; il était simplement le vieux conteur et cela suffisait. Un soir qu’il revenait de la forêt, il se souvenait avoir été blessé dans les bois après avoir suivi les traces d’un chien errant comme on suit une pensée sans trop y réfléchir. Alors que la nuit tombait et qu’il désespérait de pouvoir rentrer chez lui, le vieux conteur était apparu comme par enchantement sur le chemin… immobile. Trop heureux de voir un visage amical dans ces lieux sombres, le jeune garçon ne trouva pas étrange cette apparition. Le vieil homme le ramena chez lui, puis le soigna… La fièvre prit Taroc au milieu de la nuit, et pour le tenir éveillé, le conteur lui raconta une histoire, la dernière histoire. A ce souvenir, le vieil homme qui avait été Taroc ferma les yeux face aux flammes, retournant à sa mémoire, une voix racontant en lui ce que ses souvenirs n’avaient pu retenir. L’odeur du bois humide et le crépitement des flammes, le tissu rêche qui l’habillait alors et la fumée dansante qui s’élevait de la cheminée, il se souvenait de tout, malgré les années, malgré la Brume. Il était revenu dans la chaumière, il était Taroc à nouveau, un jeune garçon rêveur et brûlant de fièvre. Il voyait le conteur entre ses yeux fatigués, ses mains tremblaient de froids. Elles le faisaient atrocement souffrir alors qu’elles se réchauffaient. Allait-il mourir ?



Attisant les braises, le conteur prit quelques couvertures pour réchauffer son protéger. Puis, il posa quelques instants ses mains sur son visage, fermant son regard gris. Le jeune homme ouvrit alors ses yeux, gris eux aussi, comme une brume d’hiver. Son état ne semblait pas s’améliorer.



- Conteur… de l’eau, s’il vous plaît, supplia Taroc d’une voix brisée.



Le vieil homme s’empressa de lui en chercher, et Taroc ne put s’empêcher de remarquer qu’il se déplaçait étrangement plus vite qu’il ne le pensait, du moins pour un vieil homme !



- Tu ne dois pas t’endormir, Taroc, ou tu pourrais bien te perdre dans les brumes pour de bon ! Ecoute, je vais te raconter une histoire, la dernière que je raconterai avant… enfin, il faut que tu m’écoutes, tu le pourras ?



Le garçon le regardait d’un air stupéfait.



- Mais, conteur, tu ne peux pas partir comme ça !

- Ah oui ? Et toi, tu as bien suivi les traces du loup, non ? dit le conteur avec une lueur amusée dans son regard gris.

- Quoi ? Parce que c’était un loup ?!?



La fièvre avait soudainement quitté le regard brillant de Taroc ; le vieux conteur éclata de rire. Décidément, la jeunesse était bien insouciante et naïve.



- Et cette histoire, reprit Taroc-

- Mm, oui, cette histoire. Et bien écoute, je la connais d’un conteur qui me l’a racontée comme je vais te la raconter, et comme lui-même l’a entendue. C’est l’histoire de la Jeune Fille au loup. Cette histoire, avec le temps, est devenue une légende, puis un mythe, avant d’être oubliée. Moi-même, je ne m’en souvenais plus guère, jusqu’à ce soir.



Le conteur s’arrêta là, comme s’il ne savait plus quoi dire.



- Et ?

- Et… le problème est que chaque fois que cette histoire est racontée, sa malédiction veut qu’elle soit en partie oubliée. Il n’en reste que des miettes ! Comme si une brume peu à peu voilait ce qui fut une tragédie. Lorsque je t’aurai dit le peu qu’il en reste, tu seras le dernier, le dernier qui n’aura de cette légende que le vent et le vide, et peut-être sera-t-Elle libre. Tu seras le tombeau vide, elle sera la louve enfuie de sa prison.



A l’époque, Taroc ne comprit rien à cela, et ce n’est qu’après qu’il ressentit en lui ce vide, ce manque d’une vérité qu’il lui était impossible à déceler.



- la légende, reprit le conteur, raconte qu’en des temps ancien vivait une jeune fille nommée Brume, car nées le un soir de brouillard. Elle grandit au bord des bois, dans un monde en paix et emprunt de bonheur. On raconte que les soirs se levait ces voiles blancs et humides, elle entrait dans les bois sombres. Etonnamment, jamais elle ne se perdait, comme si pour elle les brumes étaient aussi limpides que les rivières d’été. Un soir, un jeune bucheron du villagela suivit, et tous surent que des pas toujours la précédaient : les pas du loup gris. Le loup qu’on disait maudit ! Pourquoi ? Ne me le demande pas, je l’ai oublié, mais il lui fut interdit de se rendre dans les bois ces soirs où même la demeure de ton voisin n’est plus visible ! Elle en mourut. Mais avant, les corbeaux qui sont la mémoire crièrent comme jamais, venant de toute part recueillir son dernier souffle et ses larmes : peut-être eux seuls savaient-il quel secret se cachait dans son silence et quelle lumière pouvait se lover dans son regard gris. Lorsque son âme quitta son corps, les rêves quittèrent les landes et ne revinrent que peu à peu, alors qu’en même temps la mémoire oubliait Brume, la laissant libre de s’en aller enfin. Seul celui ou celle qui peut voir les traces du loup gris peut oublier pour mieux se souvenir. Toute ma vie, j’ai tenté de mieux comprendre, mais aujourd’hui, j’accepte. Je ne sais qui est Brume, qui est le loup ni d’où vient cette histoire sans sens. A toi maintenant de l’oublier, et de voir quel sera le prix de cette légende, le prix de Brume, celui que seul le silence connaît et que nous payons depuis longtemps, tous, pour avoir fait une chose dont personne ne se souvient plus.



Revenu au présent, face aux cendres de la demeure du conteur, Taroc contemplait le silence et écoutait le vide, les dernières flammes de la fournaise ayant emporté avec la sienne une histoire sans valeur, sans prix, mais qui coûta tant. Au dessus de son visage, les étoiles brillaient d’un dernier éclat, car la brume se levait déjà, suivant son messager aux yeux d’acier, carnassier. Il vient au devant le conteur, comme venu chercher sa dette, puis repart, refermant derrière lui la mémoire, exigeant le droit au silence d’un passé qui attend sa fin pour renaître dans l’avenir. Plus personne ne ses souvenait, désormais, et les rêves revinrent avec la Brume. On raconta souvent qu’un vieillard errait en elle, un sourire sur le visage, mais personne ne l’avait vu. Ce n’était qu’une histoire.



Des années plus tard, une nouvelle demeure fut rebâtie sur les cendres d’une ancienne. Y vit une famille, à l’écart du village. La jeune fille court souvent aux abords des bois, heureuse, belle comme la nuit. Ses parents la nommèrent Brume, par un hasard de Fortune. Un jour, elle disparut dans la nuit en riant, et plus personne ne la revit avant le matin. Tout le village la chercha, craignant le pire. On la trouva endormie dans le jardin, dans une chaude aube d’été. Sa mère pleura, son père se fâcha. Quant à Brume, elle se contenta de faire ce que tous les enfants font, elle frotta ses yeux, et demanda à manger sous le rire attendrit des siens.



Au bord de la forêt, une silhouette se dessine dans la brume. A ses côtés, une créature dont la mâchoire aurait pu briser le tronc d’un arbre adulte. Tous deux partent, ils sont la mémoire de l’oubli et l’oubli de la mémoire. Ils sont les vagues du temps. Sur le visage de l’homme, un sourire. Demain, la brume se lèverait, et elle viendrait. Après tout, son âme était ici. Elle marchait à ses côtés, fière, belle.



I.
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"Il est troublant de découvrir combien de gens pensent qu'ils ne peuvent apprendre et combien plus encore croient que c'est là chose difficile... certains savent que chaque expérience porte en elle sa leçon."Dune
"le seul règne est celui de la vie."


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PostPosted: Tue 27 May - 10:49 (2008)    Post subject: Publicité

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