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la Noosphère et Cuite (ex dimension des limbes)

 
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Tsaag Valren
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PostPosted: Sun 12 Aug - 23:26 (2007)    Post subject: la Noosphère et Cuite (ex dimension des limbes) Reply with quote

Bonsoir^^
Voilà une nouvelle écrite d'un coup comme ça, pendant que je galérais sur le Triathlon. Et bonne lecture bien sûr !!


La Noosphère et Cuite



Grrmblll !

Valenkay ferma sa fenêtre de recherche et ses 7 onglets d’un rapiclic.
7 sites fouillés sans réponse. Aussi incroyable que cela puisse paraître, elle avait oublié la fin de son roman !
Elle ne prenait jamais de notes ni de plans. Son cerveau restait son meilleur gardien, impiratable, toujours à portée de main, avec des barrettes de RAM entretenues au phosphore chocolaté. En parlant de chocolat…
Valenkay se dirigea vers le frigo et saisit une plaquette. Elle caressa la tête de sa propriétaire féline, Poupsky, d’une main distraite. Et comme d’habitude, la chatounette fuit le contact et planta ses crocs d’aiguille dans la paume tendre.

-Aïe !! Dis, au lieu de mordre la main qui te nourrit, tu ne pourrais pas m’aider à me souvenir de la fin ?

Poupsky releva sa petite tête bichrome aux yeux verts, poussa un long bâillement et s’étala sur le dos, plus emplie de graisse que de grâce féline. Une pathologie des chats parisiens. Elle pédala des 4 pattes puis entreprit une longue toilette intime.

-Mouais…

Valenkay prit 1 carré de chocolat, pensant qu’il règlerait son amnésie passagère. Rien. Elle prit une barre, puis 2, et toute la plaquette y passa. Toujours rien.
Une vague d’angoisse la submergea. Amnésique, à son âge ? Alors qu’elle voulait terminer son premier roman et avait prévu d’envoyer tout à des éditeurs l’année prochaine ? Quelle horreur ! Elle voyait son avenir s’effondrer telle la pile de vaisselle dans l’évier lorsqu’on a absolument besoin de la tasse du fond.
-On se calme. Ca va revenir. Je ne suis PAS amnésique !
Elle regarda Poupsky qui passait sa patte derrière l’oreille, puis compta les moutons de poussière près de la tour du PC. Toujours rien.
Elle ouvrit la fenêtre du chien-assis de sa mansarde au 7° étage et se gava de relents de pots d’échappement bien plus que de la faible odeur des platanes. Encore rien.
Alors qu’elle tentait de lire des plaques d’immatriculation pour juger de sa déchéance corporelle, un éclair de plumes fauves entra par la fenêtre. Un petit oiseau aux yeux noirs pétillants, agité comme girouette. Un moineau.

- Pichtre et peste ! V’là qu’il va tout me retourner !

Ce n’était pas la première fois qu’un oiseau entrait dans cette pièce. Pigeons et moineaux parisiens faisaient preuve d’une audace hors normes. Ils s’étaient sûrement communiqués l’emplacement des miettes sur le bureau de Valenkay…

Poupsky s’assit sur son séant rebondi et regarda le passereau voltiger dans les 15 mètres carrés de la pièce. Puis elle étouffa un long bâillement pour retourner au pays des rêves félins.

- Poupsky ? Tu parles d’un prédateur ! Tes ancêtres auraient honte de toi !


Valenkay chercha une arme, un balai par exemple, mais elle se souvint au dernier moment qu’elle n’en possédait pas. Alors elle prit son aspirateur et dévissa le long tube métallique en se félicitant pour cette brillante idée.
Le moineau était posé sur le bureau, peu intéressé par les miettes, il semblait hypnotisé par l’écran de l’ordinateur. Valenkay se demanda une seconde à quand remontait sa dernière sauvegarde sur Word, puis elle éclata de rire en pensant le moineau capable d’effacer 3 ans de travail.
-Okay. Plan simple. J’agite le tube métallique jusqu’à ce que ce piaf reparte d’où il est venu ! Et merci pour ton aide précieuse, Poupsky !
La chatounette n’accorda ni geste ni regard à sa locataire humaine.

Valenkay se saisit de son tube d’aspirateur comme d’une épée à 2 mains et frôla le petit oiseau sagement installé près du clavier. L’air déplacé par le tube ébouriffa ses plumes, mais il ne bougea pas d’un pouce.
- Que ?
Valenkay balaya 3 fois le bureau avec son arme moderne, en frôlant l’oiseau sans le toucher. Squatteur indésirable certes, mais si petit et si fragile !
Le moineau ne réagit en rien.
Alors elle laissa tomber son tube d’aspi sur le parquet dans un fracas métallique, et examina le petit oiseau brun sous toutes les coutures.
C’était un moineau typique, gris du dessous, la tête recouverte d’une calotte fauve et les plumes des ailes dans tous les tons marron. Un moineau comme il en existe des milliers.
Le petit oiseau pencha sa tête sur le côté et émit un pépiement.

Valenkay avança doucement une main en espérant le saisir pour le jeter dehors. A ce stade, l’oiseau ne tenterait peut être pas de fuir… raté ! Le passereau esquiva d’un bond sur le côté. Il déploya ses courtes ailes et atterrit sur le clavier de l’ordinateur. Son poids plume fut suffisant pour enfoncer la lettre « H ».
Valenkay ouvrit sa seconde paluche pour intercepter le fuyard, mais il décolla tel un bœing minature pour se poser en douceur sur le « E » du clavier. Valenkay avait pu caresser son doux plumage, aussi retenta t’elle de se saisir de l’oiseau deux nouvelles fois, deux cuisants échecs où le passereau enfonça les lettres « L » et « P ».

L’oiseau se tenait sur le « P », en remuant sa queue de haut en bas. Ses petits yeux noirs pétillaient de malice.
-Attends un peu…
Valenkay avait pris goût à cette compétition surréaliste. Elle plaça ses deux mains de part et d’autre du clavier, en espérant qu’elle n’écraserait pas l’oiseau. Jamais elle n’aurait pu faire de mal à un animal.
Alors même qu’elle pensait essayer de s’en saisir une dernière fois, Poupsky se leva de sa retraite sub-frigidairienne et plaça un magistral coup de griffe sur la main droite de sa locataire humaine. Valenkay retint un cri de douleur, et leva enfin les yeux vers l’écran de son ordinateur où était inscrit, en toutes lettres, le message d’appel à l’aide du moineau.

HELP

Poupsky, regrettant sans doute d’avoir blessé la main qui la nourrit, passa sa langue râpeuse sur les 3 estafilades rouges. Pour Valenkay, ce fut comme si l’on plongeait sa main dans du sel.
La jeune femme ne dit mot et examina une nouvelle fois le moineau sous tous les angles. Il semblait aussi normal que la première fois, gris, marron, emplumé, malicieux et audacieux. Pourtant il avait écrit « Au secours » dans la langue de Shakespeare sur son clavier. Les probabilités mathématiques pour qu’un tel événement arrive fortuitement étaient sans doutes proches du néant.
- Excusez-moi.
- Mmh ?
Valenkay se leva d’un bond et regarda partout pour savoir d’où pouvait venir la petite voix flûtée qui semblait parler directement dans sa tête. Elle connaissait bien le phénomène, chaque soir, avant de s’endormir, elle percevait des sons et des images inconnus. Elle appellait cela voyager dans les limbes. Mais jamais encore elle n’avait subi le phénomène contre son gré ni en pleine journée.
- Ici ! Sous vôtre nez !
Valenkay se laissa éléphantesquement tomber sur sa chaise et contempla le moineau en cessant de bouger. Impossible ! Elle se demandait si c’était un rêve quand la douleur lancinante de sa main droite lui rappela le contraire. Silencieuse, elle se leva, se dirigea vers le coin salle de bain mit l’eau en route et prit une bonne douche froide toute habillée. Excellent remède contre les hallucinations.

- Vous êtes bien l’écrivain Valenkay ?

La petite voix haut perchée poursuivait son manège, sans aucun respect pour l’échelle de rationalité. Valenkay resta devant son miroir de salle de bain, contemplant le reflet d’une jeune femme brune aux yeux bleus cernés qui a trop peu dormi ces derniers jours. Elle leva sa main droite striée de rouge et se flanqua une gifle sonore. Puis, elle se dit que répondre à cette voix serait peut-être un moyen de la faire taire.

- Valenkay est mon pseudo. Je suis une modeste-apprentie-écrivain-qui-galère-dans-sa-mansarde-en-attendant-richesse-et-gloire. Et je ne peux donner mon patronyme au premier moineau télépathe venu.

- Excusez-moi de m’être introduit chez vous, Valenkay, mais…

- Non ! Vous n’existez pas, il n’y a pas de voix dans ma tête, et je ne suis pas amnésique ! Partez !

- Elle trempa un gant et se le plaqua sur le visage. Il dégoulina agréablement le long de son menton et de son cou.

Le moineau décolla du bureau pour se poser sur la tablette de la salle de bain, face à son interlocutrice. Valenkay rouvrit ses yeux à quelques centimètres de l’impossible volatile.

- Apprentie écrivain Valenkay, je suis absolument navré de débarquer de la sorte, mais nous manquons de temps ! Vous devez absolument nous aider. Je vous en prie !

Valenkay se dirigea vers sa chaise de bureau, ses vêtements trempés collés à sa peau. Elle ne voulait pas croire au phénomène, pourtant, une partie d’elle-même lui disait qu’elle était en train de vivre le début d’une aventure unique, ni livresque, ni cinématographique, ni hallucinatoire. Acceptant l’existence du moineau télépathe, elle lui répondit le plus sincèrement possible :


- Mr le Moineau, j’ai l’impression que vous allez me demander de sauver le monde. Je suis une ex-étudiante pauvre avec un travail à mi-temps, une mansarde minuscule, et une chatounette prédatrice, affectueuse et pleine de reconnaissance. Je me drogue aux plaquettes de chocolats et aux jeux en réseau, je suis une catastrophe ménagère, je ne mesure qu’un mètre 63 pour autant de kilos que de centimètres, je suis agoraphobe et je déteste l’espèce à laquelle j’appartiens car elle courre droit à sa propre destruction. Si réellement vous cherchez une personne capable de vous aider, vous vous trompez d’immeuble !

Le moineau s’envola de la salle de bain pour se poser sur le bureau.

- Vous êtes la personne que je cherche. Je vous ai observé bien des fois pendant que vous rêviez de sauver le monde.

- Je fais des rêves lucides, je peux contrôler tous mes faits et gestes j’ai tout les pouvoirs dans les bras de Morphée. C’est une particularité qu’ont un petit nombre de personne et j’utilise ce talent pour m’aider à écrire. Dans le monde réel, je ne suis rien. C’est bien agréable de sauver des univers virtuels, mais je préfère quand même travailler à ma réussite dans le monde physique. C’est pourquoi je dois refuser vôtre demande, Mr le Moineau.

L’oiseau se percha en équilibre sur une pile de vaisselle sale d’une semaine. Valenkay songea alors qu’elle n’aurait plus de bol propre pour le lendemain.

-Valenkay, vous rêvez de sauver le monde toutes les nuits, aujourd’hui, je suis là, à vous proposer de le faire une seule fois pour le bien de tous, et vous refusez ?

- Ecoutez, Mr le moineau, si j’avais un interrupteur pour provoquer l’extinction de l’espèce humaine, j’appuierais dessus. Alors vous devriez demander à un vrai héros altruiste, mignon, baraqué, brun aux yeux verts, avec des plaquettes de chocolat aux abdos et non sur les hanches, de travailler pour vous. Je suis désolée.
Avant que vous ne partiez, puis-je vous demander vôtre nom, Mr le moineau ?

L’oiseau semblait s’intéresser aux verres sales empilés.

- On m’a donné beaucoup de noms, et je ne peux pas les livrer à un humain non initié… appelez-moi comme vous voudrez.

- D’accord. Je vais vous nommer Cuite, car vous venez de siffler le reste de punch dans le verre que j’ai servi à ma mère ce matin.

- Vous voyez, laisser le Mont de Vaisselle s’ériger peut avoir du charme dans une vie conjugale avec un moineau…

- Un moineau ça fait caca partout, ça se pose n’importe où, c’est bruyant, et vite lassant. J’ai assez de souci dans ma vie conjugale avec Poupsky… Hum. Pardon d’être si désagréable. Voulez-vous plus de punch, Cuite ? ou des gâteaux ? Après tout, vous êtes mon invité. Même avec un appêtit d’oiseau…

- Il n’y a rien de plus faux que cette expression « appétit d’oiseau » Valenkay ! Tous les oiseaux mangent énormément par rapport à leur masse. Il faut une grande quantité d’énergie pour voler, elle est apportée par la nourriture évidemment. Voyez le colibri, par exemple. Il est bloqué dans un cercle infini : manger pour pouvoir voler sur place et voler sur place pour pouvoir manger.

- Vous êtes scientifique, Cuite ?

- Non, juste philosophe. Dans le sens premier du terme : amoureux de la vérité. D’ailleurs, vous feriez bien de profiter de ces bribes de connaissances tant qu’elles existent. Car bientôt…

- N’insistez pas, Cuite, je ne veux pas sauver le monde, quels que soient les arguments que vous m’exposerez.

- Je sais que vôtre inspiration se tarit…

- On a tous des hauts et des bas dans ce métier. Oui, récemment, je n’ai plus d’idées, chose qui n’était jamais arrivée. Mais je garde confiance en l’avenir, et j’espère que mes livres feront ouvrir les yeux à…

- Vous voyez que vous voulez sauver le monde !

- Il est trop tard pour cela. Les visionnaires sont des écrivains maudits qui gagnent une reconnaissance posthume, et je tiens quand même à une vie décente. Point de vue égoïste, certes, je vous le répète une dernière fois : Je suis tout sauf une héroïne de roman.

- Il sera trop tard si vous vous bornez à écrire devant cet écran, Valenkay ! Je vous en prie, bientôt, toute la civilisation sera ravalée au rang de…

- Quelle merveilleuse nouvelle ! Voyez-vous, Cuite, je pense que les animaux vivent mieux que nous. Ils ne saccagent pas leur propre environnement, eux !

- Si vous ne faites rien, tous les artistes, écrivains, peintres, sculpteurs, seront les premiers à sombrer dans la déchéance et à se faire engloutir par la barbarie…

- Voilà qui est fâcheux.

- Je vais tout vous expliquer !

Cuite le moineau se posa sur le tapis de souris. Il déploya à demi ses ailes et étala ses pattes en fixant ses petits yeux noirs brillants sur son interlocutrice.

Il existe une sphère autour de nôtre monde. On l’appelle la Noosphère, ou l’Idéosphère. Les idées y vivent.

- Les idées sont des êtres vivants ?

- Oui. Elles croissent, se multiplient, vivent, meurent, etc. Elles évoluent en même temps que vous autres humains. Mais, récemment, elles ont commencé à disparaître…

- C’est possible ?

- Oui. Je suis chargé avec quelques autres Namlus de les garder. Mais nous avons été incapables de trouver la raison de cette disparition.

- Avec un moineau comme geôlier, je serais moi aussi tentée d’aller voir ailleurs…

- Je ne suis pas un moineau, mais un Namlu ! Aujourd’hui, devenir un moineau était le meilleur moyen de passer inaperçu dans cette ville, mais adopter cette forme est fort désagréable…

- Hé bien, n’hésitez pas à vous mettre plus à l’aise.

- Je ne voudrais pas détruire vôtre mansarde. Où-en étais-je… ? Oui, nous autres Namlus sommes étroitement liés à la Noosphère. Si les idées se raréfient encore plus, nous disparaîtrons. C’est pourquoi nous avons contacté un certain nombre d’artistes pour nous aider.

- Il y a une grosse erreur dans vôtre scénario. Un héros héroïques se doit de sauver le monde tout seul, ou avec un groupe d’amis héroïques. Nous autres artistes pouvons certes créer des mondes parfaits, mais nous sommes loin d’être parfaits nous-mêmes. Ceci dit….

Valenkay repensa aux précédentes paroles du moineau et s’étonna d’avoir tant de mal à réfléchir.

- Vous avez demandé à d’autres écrivains de sauver le monde ?

- Dans vôtre pays, j’ai demandé à Werner, Bernay, Piordage…

- Si j’accepte de vous aider, je pourrais leur parler ?

- En fait, je vous suggère de faire vos recherches chacun de vôtre côté et de vous réunir à heures fixes pour faire le point. Nous manquons tellement de temps ! Je ne saurais vous dire si c’est une bonne idée, actuellement, je n’ai que celle-ci.

- Je viens. Laissez-moi changer de vêtements et… si vous m’espionnez, je vous tords le cou !

- Vos vêtements sont secs.

Valenkay se tâta sous toutes les coutures et remercia son minuscule interlocuteur. Elle se raidit à l’idée de rencontrer du monde en sortant et se demanda jusqu’où allaient les pouvoirs de Cuite.

- Vous avez sûrement un merveilleux plan pour une sortie discrète ? Comme nous rendre invisible ou me transformer en moineau pour que je vous suive ? Non, pas en moineau, pardon, je préfèrerais être un faucon. C’est plus classe.

- Valenkay, vous allez sortir par la porte, et me suivre discrètement jusqu’en lieu sûr. là bas, je vous montrerai comment voyager dans la Noosphère.

- Oh non ! Je risque de LA croiser sur le chemin !

- Qui cela ?

- La concierge !

Valenkay avait une théorie sur la concierge du 921 avenue de Persailles. Cette personne ne pouvait pas être humaine. Il s’agissait en réalité d’un parasite des cages d’escalier multi classé rôdeur, qui avait choisi les Valenkay comme race haïe en passant niveau 12
Ce n’était pas difficile, puisqu’elle avait pris les jeunes, la musique, et les ménageophobes en grippe aux niveaux 3, 6 et 9.
La concierge en elle-même n’eut pas été dangereuse sans son réseau de renseignements. La voisine Dudsou en faisait partie. Valenkay songea avec horreur au tube d’aspirateur qu’elle venait de balancer sans précautions. La riposte verbale et le déluge de reproches seraient terribles !

- Vous ne pouvez vraiment pas me rendre invisible, Cuite ?

Valenkay tenta d’ouvrir sa vieille porte, comme d’habitude coincée. Elle la dégrippa d’un bon coup de taloche, pour la refermer de l’épaule. Le moineau descendit tranquillement l’escalier en spirale en se posant ici ou là sur la rambarde.

Personne dans l’escalier. Valenkay déboucha sur la rue et consulta sa montre pour frémir devant l'affreuse information : 5 heures et quart. Heure de pointe, sorties de bureaux et autres enfants revenus de l'école. Elle focalisa toute son attention sur Cuite qui virevoltait de poteaux électriques en pignons. Comment faisait-il pour ne pas se prendre de coups de jus ? Il y a du jus dans les fils. Valenkay avait l’impression d’avoir connu la réponse dans un passé proche. Aujourd’hui, tout se floutait.

- Les artistes sont les premiers à souffrir de la raréfaction des idées, reprit Cuite. Pour reprendre une métaphore que tu connais, la plupart des gens « normaux » tirent leurs connaissances de leur vécu et les stockent sur le disque dur de leur cerveau. Toi, tu tires une grande partie de ton savoir de la Noosphère, et tu y rejettes énormément de tes propres idées. Te rappelles-tu cette vieille histoire de plagiat, après la fac ?

Si je m’en rappelle ! Au concours de dessin du campus, Lany, ma meilleure amie, a rendu un dessin quasiment semblable au mien. Pourtant, elle a toujours soutenu ne pas m’avoir copiée.

Dans la rue, beaucoup de passants se retournaient sur cette jeune femme qui semblait parler toute seule. Submergée de honte, Valenkay arait donné n’importe quoi pour se cacher. Pourtant, elle continuait à suivre son guide emplumé vers un hypothétique destin d’héroïne.

- Tu as rejeté ton idée de dessin dans la Noosphère et Lany l’a récupérée.
- Je commence à comprendre pourquoi des films avec les mêmes thématiques peuvent sortir en même temps tandis que leurs réalisateurs nient s’être inspirés l’un de l’autre…
Cuite s’arrêta à l’entrée de la station de métro de la Porte Saint Clou. Valenkay se demanda comment une station de métro pourrait être un lieu sûr.

- Simple, les voyageurs qui transitent par ici font ce voyage tous les jours et, à force, ils ne prêtent plus attention à ce qu’ils voient. Assis-toi par terre, ici.
- Quoi ? Comme une mendiante ?

Je arranger tes vêtements pour que tu aies l’air d’une pauvre fille des pays de l’est mendiant dans les couloirs…

- C’aurait été trop simple de rester planqués dans ma mansarde ?
- Ici, tu seras plus en sécurité que n’importe où. Rien ne pourra arriver à ton corps tant que des témoins le voient.
- Merci pour mon égo…
- Voilà ce qui va se passer : Lorsque tu fais un rêve lucide, tu rejoins plus ou moins la Noosphère avec ton âme, ou appelle cela comme tu voudra. Tu seras en terrain connu, ne t'inquiètes pas.
- Cette station de métro empeste, tout le monde me voit, et tu voudrais que je sois calme ? Espèce de...

Valenkay eut soudainement l'impression de flotter. Elle se rappela une curieuse expérience de jeunesse, lorsqu’elle avait essayé d’en fumer « de la bonne » avec des amis de la fac. Même sensation de dissociation, même paix intérieure illusoire. Le temps d’un battement de cœur, et Valenkay vit son corps physique du dessus, affalé dans la station de métro.


A suivre Clin d'œil




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